30 ans
(1980) –
Paris
(France)
Webdesigner et développeur Web clientfreelance.
Son travail peut être consulté sur son portfolio et son blog BD Demain J’arrête.
Trois Questions
Peux-tu te présenter ?
J’ai attaqué le monde du travail à 24 ans muni d’un diplôme d’ingénieur informaticien, fruit d’études laborieuses qui ne m’ont rien appris. Plutôt qu’aller m’enterrer en SSII comme il est coutume de faire dans ces cas-là, j’ai décidé de m’inscrire en tant que travailleur indépendant et de voir ce que ça allait donner. Je me rends compte aujourd’hui que c’était sans doute prématuré mais ça m’a permis d’apprendre "à la dure".
Sous ce statut, j’ai réalisé pendant quelques années des sites web et divers travaux de communication visuelle. Parce que ma seconde passion, c’est le graphisme : j’ai eu loisir de la développer en amateur pendant mes années estudiantines grâce à des travaux bénévoles pour de multiples associations culturelles (le plus souvent des amis) et des communautés en ligne favorisant l’entraide (Café Salé, par exemple).
En autodidacte, j’ai donc bricolé quelque temps aussi bien graphiquement que techniquement jusqu’à ce qu’Adrien Leygues, un ami rencontré dans la nébuleuse associative banlieusarde, me dise que « mes sites tout en tables HTML, c’était vraiment pas terrible ». Il m’a fait découvrir ce qu’étaient les standards du web et m’a fait embaucher dans l’agence qui l’employait où j’ai appris à aimer ce que je faisais et à le faire bien.
J’ai depuis changé d’employeur puis me suis finalement remis à mon compte, lassé par le salariat et déçu par la pauvreté des possibilités d’évolution de carrière pour un développeur en France. Mon métier de développeur front-end convient bien à mon profil puisqu’à la croisée du développement pur et du graphisme. J’essaie également de mettre en avant mon expertise en web design, qui depuis le temps est devenue crédible : l’idéal serait de faire 50% de code et 50% de créa, puisque je suis incapable de choisir entre ces deux terrains de jeu !
Quel est selon toi l’argument principal qui t’a persuadé de passer aux standards ? Et est-ce que ce n’est pas contraignant quand on rêve de graphisme débridé ?
Le graphisme débridé, c’est une chimère ! Quand on fait du graphisme print, on respecte des contraintes d’impression, on utilise des profils colorimétriques et que sais-je encore. Quand on fait du web, c’est la même chose : on a des contraintes techniques à respecter pour être sûr de bien faire. Les standards, pour moi, sont ces contraintes : ils assurent qu’on a bien compris le média qu’on utilise et qu’on en connaît le langage, les limites, les points forts, bref qu’on est dans les clous.
Pour en revenir à ce qui m’a convaincu d’adopter les standards, je pense que c’est la combinaison de plusieurs facteurs.
Mon profil de développeur premièrement : accoutumé aux normes et aux spécifications, je ne me suis pas braqué à la vue de toutes ces nouvelles règles coercitives et les ai pris plus comme un support que comme une cage.
Deuxièmement, le designer que je suis aime tout simplement les contraintes ! Demandez-moi un design sans me cadrer et je serai complètement perdu : appelons ça l’angoisse de la page blanche. Les standards, c’est une palette d’outils avec lesquels jouer, et dont se jouer. De nouvelles possibilités créatives nées de la contrainte ! Je trouve bien plus gratifiant d’arriver à un web design nickel en HTML/CSS qu’en Flash par exemple…
Au fil du temps, j’ai appris également que le respect des standards facilitait l’accessibilité, la réutilisabilité des contenus, la performance, le référencement et une foule d’autres points clés qui font qu’un site web n’est pas seulement un JPG collé entre deux balises. Tout en apprivoisant mon média, j’ai donc appris à aimer chaque jour d’avantage les recommandations qui en définissaient les bonnes pratiques.
Et plus trivialement, je dirais que n’importe quel pékin, après s’être arraché les cheveux sur un design démoli sous Internet Explorer, ne peut qu’adorer les standards qui normalisent un peu les comportements des navigateurs… et maudire ceux qui refusent encore de les respecter.
En somme et pour résumer, le graphisme débridé, c’est bon pour les artistes : moi, je ne fais pas de l’art, je fais des outils et j’utilise des normes. Je veux de l’efficace, je ne veux pas que mon visiteur cherche, je veux qu’il trouve !
L’arrivée de CSS 3 avec les @font-face, les rotations, les effets CSS déments, qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce qu’on ne va pas retourner dans une certaine mesure au sapin de Noël à la Geocities ?
C’est un risque, c’est sûr. Et même plus qu’un risque : une certitude !
Je pense que c’est à la fois un point fort et un point faible de notre média : n’importe qui peut mettre son site perso en ligne en se contrefichant des standards et des règles élémentaires du bon goût. C’est ce qui fait du web un espace vivant, diversifié, renouvelé et en permanent apprentissage. Et dans le même temps, effectivement, un musée des horreurs...
L’arrivée des nouvelles perspectives offertes par CSS 3 (et HTML 5 d’ailleurs) va donc logiquement drainer son lot de mauvaises utilisations et de détournements malheureux : tant mieux, tant pis, je pense que c’est la rançon du succès. Du reste ça ne se limite pas au web : Photoshop, par exemple, est un outil fabuleux qui a déjà plus de vingt ans, ça n’empêchera pas un débutant aveuglé par les milliards de sous-menus de s’en servir pour accoucher d’abominations visuelles pleines de filtres prémâches et de lens-flare…
Bref, pour moi, se braquer face à ces nouveaux outils ce serait comme vouloir interdire la vente de marteaux sous prétexte qu’un tueur en série pourrait s’en servir comme arme...
Je suis plutôt excité par les nouvelles possibilités offertes par CSS 3, que je teste à l’occasion sur des projets personnels. Mais uniquement sur des projets personnels, et c’est d’ailleurs là tout le problème : la plupart de ces nouveaux outils ne sont à l’heure actuelle pas suffisamment bien implémentés pour être utilisables en production sur des sites grand public.
Comme toujours (@font-face mis à part), Internet Explorer ralentit scandaleusement tout le monde. Et ce qui m’inquiète surtout, c’est qu’il va continuer à ralentir tout le monde ces prochaines années, vu la pauvreté du support des nouvelles fonctionnalités dans les derniers IE et l’agonie interminable d’IE 6… Bref, toutes ces nouveautés fascinantes c’est bien joli, mais ça va rester dans le garage des designers tant que Microsoft ne se mettra pas à la page avec son navigateur.
IE 9 va probablement changer la donne, mais dans combien de temps pourront nous considérer ses petits frères comme morts et enterrés ?
NB : Christophe est l’un des fondateurs de Trois Questions. À l’origine, les auto-interviews du staff (déjà bien anciennes) n’avaient pour autre but que de roder les procédures en conditions réelles et ne devaient pas être mises en ligne, pour des raisons évidentes de conflit d’intérêts. Finalement on les publie quand même parce que c’est intéressant, que le site est encore trop vide et que notre ego est surdimensionné…