Mon cursus scolaire aurait dû me cantonner à un métier manuel, un métier considéré comme peu qualifiant, pour gens peu qualifiés. La vie est pleine de contraintes, mais elle réserve aussi, parfois, de belles opportunités, et bien sûr, de la chance !
Après des études laborieuses terminées aux États-unis, je reviens en France pour découvrir un peu dubitatif Internet à la faculté. Je ne saisis pas de suite les possibilités de l’outil et son fabuleux potentiel. Je suis spectateur.
Ce ne sera qu’en 1998 que je débuterai une formation « multimédia » à Nantes : on apprend le Lingo, on évolue sous Photoshop 4.0. C’est aussi Flash qui fait rêver et les tableaux qui sont légions en HTML. On aime tellement ça que c’est une joie de les imbriquer les uns dans les autres… Jusqu’à l’overdose.
Après cette formation, je cherche un poste de Flasheur et on me propose un boulot de monteur HTML en me promettant de devenir Flasheur par la suite (ce qui n’arrivera jamais).
En 2002, tout le monde paye comptant la bulle spéculative dans laquelle les investisseurs la cantonne depuis trop longtemps. sans pouvoir faire valoir des rentrées d’argents suffisantes. Ma première agence Web (Babel@stal), ferme ses portes en déposant le bilan.
C’est alors que le monde du Web amorce une introspection sur ce qui fait ses métiers et sa valeur ajoutée : les tableaux en HTML font place aux CSS, la séparation du fond et de la forme devient une norme. Les gens du métier commencent à aller au-delà des outils WYSIWYG, à comprendre et à justifier leurs choix, à valoriser leur travail et son utilité.
Le métier a amplement gagné en compétence et en pertinence, mais le statut d’intégrateur demeure le même, en bout de chaîne, tributaire des aléas des projets et des budgets revus constamment à la baisse.
À force, je développe une légère allergie au fonctionnement des agences.
Je pars chez l’annonceur une année entière où là je fais une indigestion carabinée à l’inertie professionnelle et au choc des cultures : « Donc ton métier en fait… c’est quoi, t’es développeur ? ».
Durant cette période et à titre privé, je deviens aussi papa (× 2).
Fin 2007, je veux changer. Je fête à ce moment-là 10 ans d’intégration HTML en agence avec tout ce que cela implique de joies et d’écueils.
Les questions se bousculent :
Internet, qu’est-ce que c’est ?
À quoi sert un site ? Et au-delà de sa réalisation, quelle est sa fonction ?
Qui décide de la pertinence de celui-ci ? Pour quelles raisons ?
Si le Web ne comporte pas qu’une dimension technique, il faut y ajouter une multitude des paramètres et de spécificités qui regroupent la totalité des métiers de la communication et des médias traditionnels. Pour ma part je souhaitais conserver mes connaissances techniques acquises en tant que monteur HTML et ajouter une nouvelle flèche à mon arc.
Au plus creux de la vague Internet, j’étais devenu possesseur du nom de domaine « integrateurhtml.com » qui me permettait rapidement de me présenter et surtout d’être trouvé. On peut maintenant lire sur ce site :
« Internet change… et changer est souvent une bonne chose »
Me voilà donc de nouveau apprenti, étudiant, stagiaire d’un nouveau métier : Search Engine Optimizer ou, plus proche de nous, référenceur (même si ce n’est pas français). Ce métier je l’exerce depuis plus de 4 ans à présent.
Les référenceurs ont parfois mauvaise presse, penses-tu que ce soit
justifié ?
La profession de référenceur est jeune, aussi jeune que son support. Et les référenceurs, tout comme les autres acteurs de la profession, évoluent à la vitesse du média, en appréhendant ses changements. La littérature a mis des siècles à s’affranchir des contraintes techniques (support, matériaux, outils, etc.), tout comme le cinéma, la peinture et, plus proche de nous, les jeux vidéo, qui n’ont pas encore atteint cette maturité. Internet, le média des médias, en est encore, à l’heure actuelle, à définir ses règles et sa grammaire et est donc confronté aux figures imposées par les contraintes de son développement et par l’élaboration de cet outil. Les acteurs d’Internet sont aussi dépendants des exigences (ou pas) de la profession, et surtout au final, des exigences des clients.
On peut aisément trouver des référenceurs qui proposent de doubler le volume de pages existantes, créer 500 nouveaux liens pointant sur son site, le tout sur une intervention ponctuelle, en garantissant une 1ère position dans Google. Si vous possédez un minimum de culture Internet et un peu de bon sens, vous percevrez assez rapidement les anomalies de ce genre de propositions. Un travail de référencement consiste bien évidemment à faire des recommandations sur les éléments fondamentaux à respecter, afin d’être présent dans les moteurs de recherche. Mais si on propose simplement de répondre à ces critères, que se passe-t-il ensuite ? Vos concurrents feront la même chose ! Sans plus de créativité, ni plus de panache.
On ne peut pas envisager un site uniquement sous l’angle du référencement, pas plus qu’on ne peut envisager celui-ci sur l’aspect uniquement technique, créatif ou marketing. Dans le cadre d’un référencement naturel, la notion même de naturel implique un équilibre subtil. Je suis un adepte du concept de trouvabilité (findability), un site est un tout, et doit être envisagé ainsi.
Que serait un film sans musique ? Un livre sans typographe ? Un concert sans lumière ? On peut toujours s’arranger de l’absence d’un de ces éléments clé, mais la globalité du projet viendra toujours à en pâtir. C’est dans la globalité de ces compétences que le référencement d’un site prend toute son envergure. À l’heure actuelle, la plupart des référenceurs entretiennent une confusion entre volume et valeur. Je peux créer beaucoup de volume avec peu de valeur. Mais innover et gagner en popularité avec un contenu de valeur est une démarche bien plus complexe.
Il y a certes de mauvais référenceurs. Mais ils ne sont pas, proportionnellement parlant, ni plus nombreux que dans d’autres professions, ni plus difficiles à démasquer.
Que penser d’un monopole de fait comme celui de Google sur le marché de la recherche ?
Le référencement naturel doit prendre en considération les spécificités de
chaque moteur. Certains indexent certaines balises, d’autres sont plus
sensibles aux noms inclus dans les noms de domaine, plus regardants sur les éléments agrémentant les contenus, mais aussi la fréquence de mise à jour, etc. Avec 91% des parts de marché en France, Google a, sans ambiguïté, une position dominante qui n’est pas identique dans tous les pays du globe, notamment en Asie où le moteur semble avoir du mal à s’imposer (Chine, Japon, Corée).
La pérennité d’une suprématie est liée à une adéquation avec un contexte.
Qui peut aujourd’hui rivaliser avec la qualité des résultats que fournit Google (même si ceux-ci restent souvent perfectibles) ? Personne.
La chose surprenante pour Google vient du fait qu’ils sont en train de couper les ponts avec l’ensemble des entreprises et initiatives qu’ils avaient jusqu’à présent.
Google n’est plus uniquement une entreprise dédiée à la recherche en ligne.
Google possède son téléphone, développe et propose des dizaines d’applications, un navigateur, un système d’exploitation, des outils cartographiques, des outils de géo-positionnement, de la reconnaissance vocale, de la reconnaissance visuelle, de la traduction (de plus en plus pertinente), des outils de tracking, et même des programmes d’énergies renouvelables.
Mais ce n’est pas tout. Google vend de la musique et de l’espace publicitaire et Google héberge vos mails, vos vidéos et vos photos.
Google gère votre temps et vous offre une suite logicielle.
Le tout, quasi gratuitement pour le moment.
Mais que ce soit pour la fondation Mozilla ou Apple, il est temps d’appréhender ce partenaire historique autrement. Google, qui se définissait comme cette entreprise qui nous voulait du bien ("don’t be evil"), devient un mastodonte protéiforme et amorce depuis 2 ans environ un véritable virage stratégique qui rappelle, en tous points, la démarche que Microsoft applique depuis maintenant bien longtemps.
Il y a eu Altavista, Lycos, Yahoo et nous avons à présent Google, l’avenir
nous dira qui prendra le relais.